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dimanche 8 février 2009

La Guerre de l'Opium

Film de Xie Jin

Comment, au XIXe siècle, les Anglais entraînèrent la Chine dans une guerre qui lui fit perdre la face - et quelques possessions territoriales. Un film à grand spectacle réalisé pour célébrer la souveraineté retrouvée de la Chine sur Hong-Kong.

Titre original : Yapian zhangzheng

(Chine/Etats-Unis, 1997, 1h45mn, VF)

Scénario : Ann Hui, Zhu Sujin, Ni Zhen

Avec : Bao Guoan (Lin Zexu), Su Min (l'empereur Daoguang), Shao Xin (He Shanzhi),Robert Peck (Denton), Simon Williams (le capitaine Charles Elliot)


Image : Yong HouMusique : Huang Han Qi, Jin Fu Zai

Production : Xie Jin - Heng Tong Film & TV Company Ltd

LES GUERRES DE L'OPIUM REVISITÉES
Entre 1839 et 1860, l'Angleterre, d'abord seule (première guerre de l'opium, 183-1842), puis associée à la France (seconde guerre de l'opium, 1858-1860), impose par la force des armes à la Chine des Qing (Mandchous) (1) l'ouverture au commerce international. En 1839, l'empire du Milieu y était fermé, à l'exception de comptoirs exigus à Canton, où les négociants étrangers, principalement britanniques, n'avaient de relations d'affaires qu'avec la corporation des marchands chinois.Bouleversée par la révolution industrielle, l'Angleterre frappait en vain à la porte. Elle achetait d'importantes quantités de thé (12 700 tonnes en 1720, 360 000 tonnes en 1830), que seule la Chine produisait alors. Mais, au début des années 1820, la balance commerciale avec l'Occident s'était inversée au détriment de la Chine, en raison de l'importation massive d'opium, introduit en fraude par des commerçants anglais et américains (2). L'Angleterre libérale de Lord Henry Palmerston était bien décidée à saisir le moindre prétexte pour ouvrir sans restriction le pays non seulement à la drogue, en provenance d'Inde notamment, mais aussi aux cotonnades du Lancashire et à la quincaillerie de Birmingham. La destruction des caisses d'opium qui appartenaient à des négociants anglais résidant à Canton par le vice-roi Lin Zexu, en juin 1839, fournit le prétexte attendu pour déclencher les hostilités.En 1860, quand est signé le traité de Pékin, qui fait suite à une longue liste de traités qualifiés par les Chinois de " traités inégaux ", onze ports, dont Canton, Shanghai, Hankou et Tianjin, sont ouverts au commerce ; les droits de douane y sont limités à un maximum de 5 %. Les Occidentaux ont le droit de circuler à l'intérieur du pays et d'y acquérir des propriétés foncières sans payer plus de 2,5 % de taxes. Dans ces ports ouverts, dits " ports à traité ", les étrangers, bénéficiant de l'extraterritorialité, commencent à développer des " concessions ", comme à Shanghai. Des quartiers de villes échappent ainsi, en fait sinon en droit, à l'autorité chinoise. Interdit à diverses reprises depuis 1796, le commerce de l'opium peut désormais se développer sans obstacles : on passe de 30 000 caisses de drogue en 1838 (en contrebande) à 68 000 caisses en 1850, et 96 000 en 1873 (3).Toutes les puissances étrangères disposent désormais de missions diplomatiques permanentes à Pékin. L'Angleterre fait de l'îlot de Hongkong une colonie de la Couronne, alors que la Russie, par l'action diplomatique, a acquis plus d'un million de kilomètres carrés, de la rive nord du fleuve Amour à la rive orientale de l'Oussouri.De plus, le pays est secoué par plusieurs mouvements de révolte, parfois sécessionnistes (populations musulmanes [Hui], turques), tel le mouvement Taiping, qui a même réussi à fonder une dynastie rivale, qui a régné localement pendant dix ans. Des rébellions souvent attisées par des sociétés secrètes, comme la Triade, se sont enrichies par la contrebande de l'opium. Dans ce contexte, les autorités chinoises ont trois préoccupations. L'une est interne : rétablir l'ordre. La deuxième, géopolitique : les dangers de l'attaque des " barbares " (c'est-à-dire les Occidentaux) sur les côtes du Sud sont sous-estimés, tandis que le soulèvement du Grand Ouest, appuyé par l'Empire des tsars tout proche, est considéré comme un péril majeur. La troisième préoccupation est économique : l'hémorragie d'argent qu'entraîne la contrebande d'opium. Outre l'appauvrissement du pays, il en résulte une grave tension sociale : les classes populaires sont payées en sapèques de cuivre, qui se déprécient face à l'argent servant de base pour le calcul des impôts.Après une victoire contre un bataillon anglais, l'idée se répand que la résistance est possible, que la dynastie des Qing a perdu le mandat céleste et qu'il faut la renverser. L'humiliation supplémentaire subie en 1860 avec la prise de la capitale par les " barbares " et le sac du Palais d'été accentue encore le rejet d'un pouvoir impuissant à défendre le pays.Pour certains historiens, la crise des guerres de l'opium s'inscrit dans une crise interne plus ample amorcée dès les années 1750, avec la pression démographique, la montée du chômage des lettrés, les insurrections des minorités nationales et l'impopularité d'un régime corrompu dont l'origine étrangère est dénoncée. En fait, les réformes tentées à partir des années 1860 dans le cadre du mouvement Yangwu (" les choses venues de l'étranger ") pour moderniser le pays en adoptant la technologie étrangère sans rien changer au régime étaient vouées à l'échec : le problème n'était pas seulement le " retard " chinois en matière de technologie et d'armement. Ce dernier ne sera d'ailleurs patent qu'à la fin du siècle, quand les armées chinoises équipées par les Occidentaux seront vaincues par le Japon si longtemps méprisé (1895). La défaite des guerres de l'opium prend alors toute sa signification. Il en résultera la révolution républicaine de 1911 et un sentiment national exacerbé dont on remarque aujourd'hui encore les manifestations.

Par Alain Roux Professeur émérite de l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco), auteur de La Chine au XXe siècle, Armand Colin, Paris, 2006

1) Dynastie d'origine tatare qui s'est installée à Pékin en 1644.
2) Depuis la conquête mandchoue (1644), les Chinois étaient devenus consommateurs d'opium, pourtant interdit.
3) Chaque caisse contient 63 kilogrammes de drogue.

A lire :
L'HISTOIRE n°207 -p60 - 65 : D'une guerre de l'opium à l'autre. LAUTARD, Stéphanie.
L'HISTOIRE n°266 - p34 - 39: Les " guerres de l'Opium " en Chine (entretien). BERGERE Marie-Claire.
L'HISTOIRE n°300 - p64 - 71: Il n'y aura pas de révolution industrielle ! BIN WONG.

La Force Noire

Mot de l'éditeur :
Objet de nombreux fantasmes et de stéréotypes inventés de toutes pièces et largement entretenus, le tirailleur " Y'abon Banania ", popularisé par une célèbre marque de chocolat en poudre en 1915, a tout au long de son existence, suscité quantité de discours et de clichés. A la fin du XIXe siècle, l'imagerie métropolitaine diffuse les préjugés et stéréotypes occidentaux anciens et exprime la " sauvagerie " des " indigènes " et même l'" anthropophagie " lorsqu'il s'agit des Africains. Mis sur pied pour la première fois au Sénégal par le commandant Faidherbe en 1857, en partie avec d'anciens esclaves libérés, les tirailleurs garderont le titre " générique " de sénégalais en référence à leur pays de création. En réalité, très rapidement, les grandes régions de recrutement furent les pays bambara, mossi, malinké ou sara, aujourd'hui Mali, Burkina, Tchad ou Guinée… Lors de la Première Guerre mondiale, 7 à 8% des mobilisés issus des colonies, soit environ 600 à 650 000 soldats, ont combattu aux côtés des troupes françaises. Les pertes sont lourdes et liées tout autant aux combats qu'aux maladies. Sur le plan iconographique, la guerre de 1914-1918 constitue un tournant majeur pour les représentations des colonisés et plus particulièrement ceux de l'Afrique subsaharienne. Leur comportement au combat et leur loyalisme sont salués par la presse et bientôt repris par la publicité. Leur image trouve place sur les supports les plus variés tels les affiches, gravures, vignettes publicitaires, cartes postales, objets, jouets... Naît la représentation du soldat courageux, un peu naïf et gauche mais aussi intrépide et généreux, un grand enfant, que la marque Banania - banane et chocolat en poudre - va exploiter. Dans les représentations, le " brave " tirailleur remplace ainsi le " sauvage ". Héroïsés de façon presque caricaturale pendant près d'un siècle, laissés pour compte au moment des Indépendances, la plupart ont sombré dans la misère et l'oubli. Il a fallu les affaires dites des " sans papiers " en France au milieu des années 90, ou récemment la ferme intervention du président Wade du Sénégal - protestant notamment contre le gel de leurs pensions - pour que soit évoqué leur mémoire. Cet album révèle donc l'écart permanent entre les mythes et les faits historiques, en démonte les mécanismes de construction et en décode les fantasmes. Par ailleurs, les documents et textes reproduits, pratiquement tous inédits, offriront en même temps l'occasion d'un périple dans le riche imaginaire colonial français.

Consulter le site suivant :
Sur le site de France Culture:
"14 -18 Les Africains dans les tranchées" Emission radiodiffusée du samedi 2 décembre 2007 (podcast) :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/concordance/fiche.php?diffusion_id=46128


Ressources ludhistes :
Sur le site de Vae Victis :
Sylvain DESHARBES - Fachoda - avec scénario "WHAT IF" - V.V n°51 - juillet 2003 http://vaevictis.histoireetcollections.com/recherche-par-mots/1.html


Sites britanniques:
http://www.warflag.com/shadow/cast/conversion/convert.htm
http://www.angelfire.com/games3/jacksongamer/Colonial.htm


Uniformologie :
http://www.warflag.com/shadow/uniforms/uniform.htm#fre


A lire :
Marc Michel - Les Africains et la Grande Guerre. L' appel à l'Afrique - Karthala 2003.

Eugène-Jean Duval - L'épopée des tirailleurs sénégalais. L'Harmattan 2005